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Histoire de la pêche au Québec : des Premières Nations aux zecs

Histoire de la pêche au Québec : des Premières Nations aux zecs
PQ

Pêcheur Québec

Publié le 20 septembre 20267 min de lecture

Des harpons autochtones aux 10 000 marins basques du XVIe siècle, de la morue sèche aux clubs privés, jusqu'au déclubbage de 1977 : comment la pêche québécoise est devenue celle de tout le monde.

Avant d'être un loisir, la pêche au Québec a été une subsistance, puis une industrie, puis un privilège. Elle est plus vieille que le Québec lui-même : quand Jacques Cartier remonte le fleuve Saint-Laurent en 1534, des centaines de navires européens pêchent déjà dans le golfe depuis une génération, et les Premières Nations y pêchent depuis des millénaires.

Voici comment on est passé du harpon au permis — et pourquoi, aujourd'hui, n'importe qui peut pêcher dans une zec là où, il y a cinquante ans, il fallait être membre d'un club privé.

À retenir — Trois ruptures ont façonné la pêche québécoise : l'arrivée des pêcheurs européens au XVIe siècle, qui en fait une industrie de la morue ; l'influence britannique au XIXe, qui en fait un sport réservé aux fortunés ; et le déclubbage du 22 décembre 1977, qui la rend à tout le monde.

Avant tout le monde : la pêche des Premières Nations

Bien avant l'arrivée des Européens, la pêche structure l'année des peuples autochtones de la vallée du Saint-Laurent, de la Côte-Nord et de la Gaspésie. Ce n'est pas un appoint : c'est une base alimentaire, avec ses saisons, ses lieux et ses techniques.

Les méthodes sont variées et efficaces : harpons et foënes, nasses et barrages de pierres ou de perches installés en travers des rivières, filets, et pêche de nuit au flambeau, où la lumière attire le poisson à portée. Sur les rivières à saumon atlantique comme la Mitis, la Matane ou les rivières gaspésiennes, les montaisons de printemps et d'été fournissent une ressource saisonnière massive.

L'anguille d'Amérique joue un rôle au moins aussi important que le saumon dans l'estuaire : elle se capture en grande quantité à l'automne, au moment de sa dévalaison, et se conserve fumée ou salée pour l'hiver. Le touladi, l'omble de fontaine et l'esturgeon complètent le tableau selon les régions.

Cette pêche de subsistance n'a jamais disparu. Elle est aujourd'hui reconnue comme un droit et encadrée séparément de la pêche sportive.

Le XVIe siècle : Bretons, Normands et Basques sur le golfe

C'est la morue qui amène l'Europe en Amérique du Nord, pas l'inverse. Dès les années 1500-1520, des pêcheurs européens — d'abord bretons et normands — traversent l'Atlantique Nord pour exploiter les bancs de Terre-Neuve et du golfe du Saint-Laurent. Les Basques les suivent dans les années 1540, soit dix à vingt ans plus tard, et deviennent dans la seconde moitié du siècle les acteurs les plus importants de la région.

L'échelle surprend. Dans la deuxième moitié du XVIe siècle, des centaines de navires et environ 10 000 marins parcourent chaque année le golfe. Quand Cartier « découvre » le Saint-Laurent en 1534, il navigue dans des eaux déjà fréquentées : les pêcheurs n'avaient simplement aucun intérêt à publier la position de leurs zones de pêche.

Ces campagnes créent les premiers contacts durables entre Européens et Autochtones. Sur les côtes de la Côte-Nord, de la Gaspésie et des Îles de la Madeleine, on échange des outils de fer, des chaudrons et du tissu contre des fourrures et de la nourriture. La traite des fourrures, qui dominera ensuite l'économie de la Nouvelle-France, commence en marge des stations de pêche.

Morue verte, morue sèche : deux façons de rapporter le poisson

Sans réfrigération, toute la question est de ramener la morue en Europe sans la perdre. Deux méthodes coexistent, et elles n'ont pas les mêmes conséquences sur le territoire.

La morue verte est salée lourdement à bord, directement sur le navire. Les Français la privilégient : le bateau reste au large, sur les bancs, et rentre dès ses cales pleines. Peu ou pas d'installation à terre.

La morue sèche est vidée, légèrement salée, puis séchée sur des graves — ces plages de galets où on l'étend au soleil pendant des semaines. Cette méthode demande d'occuper la côte : échafauds, cabanes, cuves à huile de foie. C'est elle qui ancre les Européens sur les côtes gaspésiennes et fait naître les premiers établissements saisonniers, puis permanents.

Autrement dit : la façon de conserver le poisson a dessiné la carte du peuplement.

La chasse à la baleine : l'autre industrie basque

Les Basques ne viennent pas que pour la morue. Dès le milieu du XVIe siècle, ils installent des stations de chasse à la baleine dans l'estuaire et le golfe — la plus connue à Red Bay, au Labrador, mais aussi à l'Île aux Basques, aux Escoumins et dans les environs de Tadoussac.

Le produit recherché est l'huile de baleine, fondue sur place dans de grands fourneaux et expédiée en barriques. Elle éclaire l'Europe, lubrifie, entre dans la fabrication du savon et des textiles. C'est une industrie lourde, très rentable, et la première activité de transformation d'envergure jamais pratiquée sur le territoire québécois.

Les fouilles archéologiques de ces stations — tuiles, fourneaux, restes de barriques — sont aujourd'hui l'une des meilleures sources sur la vie quotidienne dans le golfe au XVIe siècle.

La Nouvelle-France : la pêche comme économie

Sous le Régime français, la pêche reste une industrie d'exportation plus qu'un mode de vie local. La morue de Gaspésie, des Îles de la Madeleine et de la Côte-Nord part vers l'Europe et les Antilles ; les postes de pêche sont concédés, affermés, disputés.

Le saumon, lui, se vend cher : à l'époque où la morue abonde, c'est le poisson qui obtient la plus haute valeur au poids sur les marchés. On le sale et on le met en barrique pour l'expédier.

Après la Conquête de 1759-1760, les grandes maisons de commerce anglo-normandes — Robin, Le Boutillier — prennent le contrôle de la morue gaspésienne et organisent un système où le pêcheur est payé en marchandises plutôt qu'en argent. Ce système durera plus d'un siècle et marquera durablement la Gaspésie.

Après la Conquête : les Britanniques inventent la pêche sportive

C'est ici que la pêche cesse d'être seulement un métier.

Les officiers de l'armée britannique en garnison au Québec apportent avec eux une pratique déjà ancienne chez eux : la pêche à la mouche au saumon, associée depuis des siècles aux classes les plus favorisées de la société britannique. Ils l'exercent sur les rivières de la Gaspésie, de la Côte-Nord et de la vallée du Saint-Laurent.

Attention à la chronologie, souvent raccourcie : les Britanniques sont présents dès 1760, mais la pêche sportive ne se développe véritablement qu'à partir du milieu du XIXe siècle. C'est à ce moment que la pratique cesse d'être le passe-temps de quelques officiers pour devenir un loisir organisé, avec ses guides, ses camps et bientôt ses clubs.

L'âge des clubs privés : les rivières sous bail

À la fin du XIXe siècle, le gouvernement du Bas-Canada adopte une idée lourde de conséquences : affermer les rivières à saumon, c'est-à-dire les louer à bail à des intérêts privés — grandes fortunes et corporations, souvent américaines.

Les premiers clubs de chasse et de pêche apparaissent au Québec au milieu des années 1880. Le plus prestigieux, le Restigouche Salmon Club, est fondé en 1880 par une quarantaine de financiers new-yorkais. Les meilleures rivières du Canada de l'Est deviennent, dans les faits, privées.

Le système s'étend bien au-delà du saumon. Au milieu des années 1960, on compte environ 2 200 clubs privés au Québec, totalisant quelque 33 500 membres, qui détiennent des droits exclusifs sur d'immenses territoires publics. Un Québécois ordinaire ne peut pas pêcher sur les meilleurs plans d'eau de sa propre région.

1977 : le déclubbage et la naissance des zecs

Le 22 décembre 1977, le ministre Yves Duhaime annonce solennellement à l'Assemblée nationale la fin d'une pratique vieille d'un siècle : les clubs privés perdent leurs droits exclusifs sur les terres publiques.

Le réseau des zones d'exploitation contrôlée — les zecs — se met en place dès le printemps 1978. Trente-six associations sont créées en un mois, un rythme record. Certains parlent de « déclubbage », d'autres de « démocratisation de la chasse et de la pêche » ; la mesure est particulièrement mal reçue par les clubs du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de la Mauricie.

C'est, de loin, la rupture la plus importante de l'histoire récente. Les zones de pêche et les zecs d'aujourd'hui en descendent directement : territoires publics, accès ouvert moyennant une tarification, gestion de la ressource confiée à des associations d'usagers.

De 1978 à aujourd'hui

Ce qui a suivi, c'est la structuration : réserves fauniques, pourvoiries encadrées, plans de gestion par espèce, ensemencements, et une réglementation découpée en 29 zones de pêche aux règles distinctes.

Le résultat se mesure. En 2025-2026, 733 931 permis de pêche sportive ont été vendus au Québec — 689 567 à des résidents et 44 364 à des non-résidents. La pêche est redevenue ce qu'elle était avant les clubs : une activité de tout le monde, sur un territoire immense.

Pour la suite, tout commence par un permis de pêche et la réglementation de ta zone. Et si tu débutes, notre guide complet de la pêche au Québec prend le relais.

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?Questions fréquentes

Qui pêchait au Québec avant l'arrivée des Européens ?
Les Premières Nations, depuis des millénaires. Elles pêchaient le saumon atlantique, l'omble de fontaine, le touladi, l'esturgeon et surtout l'anguille, au harpon, à la nasse, au filet, avec des barrages de pierres ou de perches en travers des rivières, et de nuit au flambeau. Cette pêche de subsistance n'a jamais cessé et relève aujourd'hui d'un régime distinct de la pêche sportive.
Qui sont les premiers Européens à avoir pêché dans le golfe du Saint-Laurent ?
Des Bretons et des Normands, dès les années 1500-1520, pour la morue. Les Basques les rejoignent dans les années 1540 et deviennent les acteurs dominants dans la seconde moitié du XVIe siècle. Quand Jacques Cartier remonte le fleuve en 1534, il navigue dans des eaux déjà fréquentées depuis une génération.
Combien de pêcheurs européens venaient chaque année au XVIe siècle ?
Dans la deuxième moitié du XVIe siècle, des centaines de navires et environ 10 000 marins parcouraient le golfe du Saint-Laurent chaque année. Ces campagnes ont créé les premiers contacts durables avec les Autochtones, et la traite des fourrures est née en marge des stations de pêche.
Quelle est la différence entre la morue verte et la morue sèche ?
La morue verte est fortement salée à bord du navire, qui reste au large et rentre une fois ses cales pleines. La morue sèche est vidée, légèrement salée puis séchée pendant des semaines sur des plages de galets appelées graves, ce qui oblige à occuper la côte. C'est cette seconde méthode qui a fait naître les premiers établissements permanents en Gaspésie.
Pourquoi les Basques chassaient-ils la baleine au Québec ?
Pour l'huile, fondue sur place dans de grands fourneaux puis expédiée en barriques vers l'Europe, où elle servait à l'éclairage, au savon et aux textiles. Des stations existaient à Red Bay au Labrador, à l'Île aux Basques, aux Escoumins et près de Tadoussac. C'est la première industrie de transformation d'envergure pratiquée sur le territoire.
Qui a introduit la pêche sportive au Québec ?
Les officiers de l'armée britannique en garnison, qui ont apporté la pêche à la mouche au saumon, pratiquée depuis des siècles par les classes aisées britanniques. Attention à la chronologie : ils sont présents dès 1760, mais la pêche sportive ne se développe vraiment qu'à partir du milieu du XIXe siècle.
Qu'était le Restigouche Salmon Club ?
Le plus prestigieux des clubs privés de pêche au saumon, fondé en 1880 par une quarantaine de financiers new-yorkais. Il illustre le système d'affermage adopté à la fin du XIXe siècle : le gouvernement du Bas-Canada louait à bail les meilleures rivières à saumon à des intérêts privés, souvent américains.
C'est quoi le déclubbage de 1977 ?
Le 22 décembre 1977, le ministre Yves Duhaime annonce à l'Assemblée nationale la fin des droits exclusifs des clubs privés sur les terres publiques. Au milieu des années 1960, on comptait environ 2 200 clubs et 33 500 membres. Le réseau des zecs se met en place dès le printemps 1978, avec 36 associations créées en un mois.
Pourquoi les zecs existent-elles ?
Elles sont nées du déclubbage de 1977 pour remplacer les clubs privés : des territoires publics gérés par des associations d'usagers, ouverts à tous moyennant une tarification, avec une gestion de la ressource encadrée. C'est le fondement du système d'accès à la pêche au Québec aujourd'hui.
Combien de personnes pêchent au Québec aujourd'hui ?
733 931 permis de pêche sportive ont été vendus pour la saison 2025-2026, dont 689 567 à des résidents et 44 364 à des non-résidents, selon le gouvernement du Québec. C'est une donnée définitive.

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